Critiques de livres de permaculture · janvier 2020

Tiré des archives

The Transition Handbook

De la dépendance au pétrole à la résilience locale : le manuel de Rob Hopkins pour le changement à l'échelle d'une communauté, commenté par un étudiant en plein PDC.

The Transition Handbook traite des solutions pour un monde où le pétrole devient plus rare, plus cher, et plus difficile à trouver et à extraire. Les plans d'action de descente énergétique, portés et créés par les communautés, en sont les productions attendues.

Le livre reconnaît que presque tout ce que nous vivons matériellement dans la vie moderne est rendu possible par le pétrole bon marché, qu'il s'agisse de produire des biens ou de nous les acheminer. C'est l'énergie fossile bon marché qui a permis le phénomène inéquitable de la mondialisation, à une échelle jamais vue dans l'histoire humaine.

Ce n'est pourtant pas un livre catastrophiste. Il propose une vision positive d'un chemin d'abondance vers l'avenir : une évolution vers une vie plus localisée, qui inverse des décennies de déclin de la résilience locale, et qui célèbre le processus en chemin.

Le passage à des modes de vie plus localisés, plus économes en énergie et plus productifs n'est pas un choix : c'est une direction inévitable pour l'humanité.
Rob Hopkins, 2008

Fidèle à son titre, le livre est un manuel. À côté de sa vision, il propose des étapes concrètes : mettre en place des monnaies locales, résoudre les conflits entre personnes, et aider les groupes locaux à se former et à se multiplier dans les communautés du Royaume-Uni et d'ailleurs. Le mouvement des villes en transition qu'il décrit est un cadre souple et systémique pour trouver des solutions, quel que soit le scénario de descente énergétique auquel une communauté finit par faire face.

Reconstruire la résilience autant que réduire le carbone

Reconstruire la résilience est l'une des idées centrales du livre pour affronter la descente énergétique après le pic pétrolier. Hopkins s'appuie sur des exemples comme les grèves des routiers britanniques pour montrer à quel point nos infrastructures actuelles sont fragiles, aussi solides qu'elles puissent paraître au quotidien.

C'est en comparant la durabilité et la résilience que le concept de transition devient clair. Recycler le plastique, le verre ou le papier peut améliorer la durabilité, mais cela ne change rien à la capacité d'une communauté à survivre à un arrêt des transports, qui touche tout, du carburant aux livraisons de nourriture jusqu'à l'approvisionnement en eau, si les stations de pompage perdent leur électricité.

Le livre nomme trois ingrédients d'un système résilient.

Diversité
Plus un système compte d'éléments et de connexions, y compris vers d'autres systèmes, plus de petits changements locaux peuvent donner naissance à des pratiques et des cultures uniques : proches des solutions voisines, mais jamais identiques.
Modularité
Le degré d'autonomie des parties d'un système. Plus il y a de modularité, moins un choc survenu dans une partie, comme la crise bancaire ou la grippe aviaire, risque de se propager à l'ensemble.
Des rétroactions courtes
Les solutions lentes et de petite taille agissent progressivement sur le reste du système et peuvent être corrigées rapidement. La mondialisation se situe à l'autre extrême, avec des connexions longues et rigides entre des parties éloignées de l'ensemble.

La métaphore employée par le livre est celle d'un pétrolier sans cloisons entre ses cuves. Sans compartiments, toute la cargaison ballotte d'un seul bloc, et un simple changement de cap peut faire chavirer le navire même sans choc extérieur. Ajoutez des cloisons, c'est-à-dire de la modularité, et chaque compartiment absorbe le mouvement au lieu de le transmettre au reste.

Qu'est-ce qu'une initiative de transition ?

L'expression est née sous le nom de villes en transition, même si l'idée a depuis largement dépassé les villes. La formule de Jeremy Leggett, citée dans le livre, parle de « microcosmes d'espoir reproductibles à toute échelle ». La façon la plus claire de retenir le concept est de se rappeler son but : aider les gens à créer leurs propres plans d'action de descente énergétique.

Là où l'écologisme classique tend à se concentrer sur l'individu, avec des campagnes fondées sur la peur et la protestation, l'approche de la transition est holistique, construite par la communauté, et positive par principe. Elle repose sur quatre hypothèses clés.

  1. Mieux vaut planifier un avenir moins énergivore, qui est inévitable, que d'être pris par surprise.
  2. Nous manquons aujourd'hui de la résilience nécessaire pour absorber les chocs énergétiques du pic pétrolier.
  3. Nous devons agir maintenant, et agir collectivement.
  4. Collectivement, nous pouvons bâtir des façons de vivre plus riches et plus reliées, dans les limites de ce que la planète peut fournir.

À partir de là, le livre expose douze principes pour mener une initiative de transition, des réunions en Forum ouvert (Open Space) à la création de groupes de pilotage qui planifient leur propre fin, en passant par l'hommage rendu aux anciens et la remise à niveau des savoir-faire, pour que les manières de travailler à basse énergie ne se perdent pas complètement.

À quoi cela ressemble sur le terrain

Certains des exemples pratiques les plus parlants viennent de la chaîne vidéo du Transition Network plutôt que du livre lui-même : un financement communautaire pour racheter une épicerie qui devient ensuite un débouché pour les producteurs locaux, des boulangeries et des cafés gérés comme des entreprises soutenues par la communauté, de petites fermes solaires financées entièrement par les habitants, de la nourriture plantée dans des parterres autrefois réservés aux fleurs, ou laissés à l'abandon. Les possibilités ne sont limitées que par l'imagination des gens ordinaires et par la liberté inscrite dans le concept de transition. Il n'y a pas de bonne réponse unique dans le livre : la bonne réponse est celle que votre propre communauté met en œuvre, chez vous.

La même source montre aussi ce qui a échoué. Un projet s'est effondré à cause d'une rupture des relations entre ses membres, ce qui est une histoire simple et triste. La leçon retenue, à savoir que si les gens n'arrivent pas à travailler ensemble au moins la plupart du temps alors plus rien ne fonctionne, a poussé le mouvement vers une approche davantage centrée sur les personnes : faciliter le bon fonctionnement des groupes, en sachant que tout le reste s'effondre si cela échoue.

Le verdict

Ce qui me frappe le plus, pendant et après la lecture, c'est à quel point ce livre est difficile à cerner, tout comme la permaculture elle-même. Cela ne devrait pas m'étonner : Rob Hopkins a enseigné la permaculture pendant dix ans avant de l'écrire, et la permaculture y est citée d'un bout à l'autre.

Le résultat visé s'énonce assez simplement : aider les gens à créer des plans d'action de descente énergétique. Ce que cela donne en pratique est aussi varié que les personnes qui composent les groupes qui s'y attellent, partout dans le monde.

J'aime beaucoup ce livre, j'ai apprécié les épisodes de The Permaculture Podcast consacrés à Rob Hopkins, et j'ai regardé en plus quantité de vidéos du Transition Network. L'ayant lu pendant un PDC très chargé, avec peu de temps, je me sentirais mal de lui attribuer une note en étoiles, mais je dirai ceci : toute personne qui s'intéresse à la permaculture, à la reconstruction du lien communautaire, ou à mieux se préparer à la prochaine perturbation nationale ou mondiale y trouvera sans doute beaucoup.

Il réussit vraiment bien à expliquer quelque chose de nébuleux, de créatif, et de différent selon l'endroit d'où on le regarde.

En savoir plus sur le site du Transition Network.

Un exemplaire de The Transition Handbook de Rob Hopkins posé sur un porte-bloc, sur une table jaune patinée, avec un document imprimé partiellement visible à côté
Rob Hopkins, The Transition HandbookExemplaire de la bibliothèque de Daruma
En savoir plus

D'autres titres de la liste de lectures du PDC.

Cette critique a été écrite pendant un Certificat de conception en permaculture (PDC) à Daruma, où une critique de livre facultative est l'une des façons dont les étudiants abordent la liste de lectures. Découvrez le reste de la collection, ou parcourez les rayons dont ces critiques sont issues.

Plus de critiques de livres Visiter la bibliothèque
Neil tenant un exemplaire de The Transition Handbook devant une classe